Titre:Abstention piège à cons – Derniers virages avant la démocrature
Auteurs:André Bercoff (né en 1940), Stéphane Guyot (né en 1969) et Philippe Pascot (né en 1954)
Éditeur:Max Milo
Date de parution:2022

Ce livre m’a été offert à Pâques 2022, entre les 2 tours de l’élection présidentielle, avec une évidente intention malicieuse puisque je me targue d’avoir déchiré ma carte d’électeur il y a longtemps et de ne m’être jamais réinscrit depuis… Il présente 3 textes d’auteurs différents.

André Bercoff signe le premier : Le vote ou le chaos. Animateur sur Sud Radio que j’ai souvent plaisir à écouter, il détonne assez dans ses émissions intéressantes, en invitant des interlocuteurs généralement plus ou moins en marge du consensus médiatique. Son texte commence par une lecture désabusée du rite électoral un peu ridicule, dans lequel chaque électeur participe à la fête en posant son choix, assez vain en définitive, de son chef inamovible pour les 5 prochaines années avec, en miroir, les plus « défaitistes » qui disent : « à quoi bon puisque les véritables maîtres marionnettistes sont ailleurs, au-delà de nos suffrages ? »… Cette deuxième catégorie tendant à augmenter, c’est la représentativité de notre démocratie représentative qui en pâtit ! Les alternatives recensées sont : la rue, régulièrement réprimée et ignorée, et le référendum, inusité depuis 2005 et simplement négligé alors, pour faire l’inverse du résultat de la concertation… Tout en montrant la puissance de la manipulation médiatique, en prônant le vote obligatoire et en postulant la possibilité d’un examen rigoureux et indépendant par chaque électeur, A. Bercoff assène l’habituelle anathème : « si vous ne votez pas, vous n’avez pas le droit de vous plaindre ! » Je pense rigoureusement l’inverse : si, en votant, j’acceptais implicitement les règles du jeu selon lesquelles les plus nombreux peuvent m’imposer leur volonté, au nom de quoi pourrais-je critiquer le vainqueur ? J’ai du mal à suivre Rousseau quand il dit (entre autres) que « c’est en suivant la volonté générale qu’on est le plus libre » et j’accepte tout aussi mal qu’on me « force à être libre » (dixit toujours le bon Jean-Jacques…).

Le deuxième texte, Je ne suis pas d’accord, je vote blanc, est signé par Stéphane Guyot, Président du parti du vote blanc. Lui aussi conteste la représentativité de nos élus : aucune représentativité sociale, autant dans nos gouvernements que dans nos Assemblées, la représentativité politique est également faussée par les résultats donnés en pourcentages des suffrages exprimés et par le processus du vote à deux tours. Les partis, omniprésents dans le processus électoral et désignant tous les « professionnels du mandat » (qui, accessoirement, se gavent aux dépends des contribuables, avant d’être recasés en cas de revers électoral…), ne rassemblent pas 1% des électeurs avec tous leurs adhérents… Ils n’en ont pas moins leurs courroies de transmission en matière d’influence de l’opinion à travers les chaînes d’information et les instituts de sondage. Certes, le taux d’abstention, fût-il massif, n’empêche pas la réélection de nos « élites ». Aussi, pour « sauver la démocratie », l’auteur préconise le vote blanc, quitte à invalider l’élection quand celui-ci est majoritaire (l’exemple de « nos voisins belges [qui] ont survécu 541 jours sans gouvernement » montre la possibilité de cette mesure). Malheureusement, malgré une « timide loi du 21 février 2014 » qui distingue les votes blancs des nuls, le vote blanc ne compte toujours pas dans le décompte du résultat… Donc, dans l’état actuel des choses, le seul résultat d’une élection qui m’intéresse reste le taux d’abstention, auquel je peux ajouter les votes blancs et nuls : pourquoi ne pourrais-je pas éprouver, avec les pêcheurs à la ligne, la même solidarité et cette impression d’avoir gagné (en étant dans la majorité !) que celles ressenties par les votants avec ceux ayant déposé le même bulletin qu’eux (et ayant acquis une « majorité » beaucoup plus relative !) ?

Le troisième et dernier texte, Réveillez-vous, morbleu !, est signé Philippe Pascot. Il commence par une liste interminable (c’est facile…) des promesses électorales non tenues, lois kafkaïennes et exemples de justice à deux vitesses selon l’entregent ou la grosseur du porte-monnaie des accusés… Toujours pour sauver la sacro-sainte démocratie, l’auteur préconise le vote blanc et pousse de manière amusante une hypothèse : « imaginez que les votes blancs dépassent en nombre les suffrages exprimés en faveur du vainqueur. (…) Faites un camembert : mettez une énorme portion pour le vote blanc (ou nul) et une petite pour le candidat. » Effectivement, l’idée est drôle mais, comme les résultats ne sont indiqués qu’en pourcentages des suffrages exprimés, les camemberts qu’on nous présentera le 24 au soir seront désespérément bicolores !… Aussi, je préfère m’adonner tout seul dans mon coin au calcul de la représentativité réelle au 1er tour de M. Macron (qui devrait être réélu dimanche, sauf énorme surprise)… Avec 9 783 058 votes en sa faveur, le candidat E. Macron totalise 27,85% des suffrages exprimés, ce qui fait, compte tenu des 1,51% de votes blancs et 0,69% de nuls, 27,24% des votants ; avec un taux d’abstention de 26,31%, cela donne 20,07% des inscrits ; les 48 747 876 inscrits représentant 94,21% des 55 964 074 Français d’au moins 20 ans (source : INSEE ; il manque en toute rigueur les 18-19 ans), E. Macron a réussi à fédérer moins de 18,91% des Français en âge de voter (soit moins d’1/5)… Félicitations, Monsieur le Président !

Pour conclure, les analyses du livre me semblent tout à fait pertinentes mais je ne souscris pas aux conclusions. En effet, si je suis moyennement démocrate (pour reprendre un titre de feu Volkoff), c’est surtout par opposition à notre système « représentatif » de partis, qui s’apparenterait plus, dans la classification aristotélicienne, à une oligarchie avec une fausse justification démocratique. Je pourrais accepter l’idée de démocratie participative, vilain pléonasme rendu aujourd’hui nécessaire par l’accaparement du terme de « démocratie » par notre système actuel, mais elle impose la suppression des partis (cf. Simone Weil) et, à rebours de l’idéologie rousseauiste, le rétablissement des corps intermédiaires avec un maximum d’autonomie en application du principe de subsidiarité, ou encore l’abandon de l’idée totalitaire d’un Etat omnipotent, etc. A ce sujet, j’ai entendu récemment sur Sud Radio (mais ce n’était pas une émission de Bercoff) un journaliste gauchiste, dont j’ai oublié le nom, se faire l’avocat de l’oligarchie en critiquant la proposition de Marine Le Pen de généraliser le référendum parce que « le peuple ne peut pas juger sur tout : il doit s’en remettre à ses représentants élus »… Entendre ce journaliste bien-pensant mais encore moins démocrate que moi était un plaisir d’esthète !

Georges

Complément documentaire